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LA CITÉ DE VERRE : liberté et identité par Sophie Montminy (2004) |
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Liberté contre identité sociale Il était inconcevable de garder le même courant trop longtemps et il fallait en inventer un autre plus révolutionnaire que l’autre d’avant. Il ne faut pas adhérer à une façon de penser trop longtemps, puisqu’on se met facilement à son service et qu’on n’est donc pas libre. Il n’est pas facile de parler de la liberté, puisque chacun s’est fait sa propre définition. Au départ, la liberté c’est la sensation du bien-être qui est là puisqu’on n’est contrôlé par personne et nous pouvons faire nos propres choix et prendre nos propres décisions. Le postmodernisme, selon l’essai intitulé À l’heure du postmodernisme, a mis en pratique cette façon d’être. Plusieurs courants, au vingtième siècle, ont existé. Les gens veulent donc faire leur vie à leur façon et ne veulent plus suivre la façon de penser des autres. Ils sont donc ouverts à toutes les modes, à tous les courants de pensée, à tous les métiers, à toutes les orientations sexuelles et à toutes les ethnies. Ils regardent ce qui les entoure et choisissent ce qui leur convienne. Ils sont donc libres de leurs choix et de leurs actions. En étant à la recherche de cette liberté, l’identité sociale des gens se métamorphose. Avant les années soixante, le monde tenait aux valeurs ancestrales et aux traditions, mais le postmodernisme amène une nouveauté. Le retour sur soi, est maintenant important, l’égoïsme, le bonheur de faire ce que l’on veut quand on veut et être différent des autres. Ce nouveau mouvement arrive avec la mondialisation. Les gens découvrent les valeurs des autres sociétés et maintenant tout est à la portée de la main. Les Canadiens mangent du “fast food” américain, les Chinois se parfument avec les produits français, les Français s’habillent avec les vêtements italiens… Les automobiles sont un très bon exemple de cette identité mondiale. On voit des autos européennes et japonaise au Canada et des autos américaines en Europe. Les gens peuvent maintenant s’acheter des produits qui viennent de l’autre bout du globe et ils s’en font leur nouvelle identité. Cette identité sociale vient-elle prendre le dessus sur la liberté ? Les gens ont l’impression qu’ils sont plus libres en achetant des produits étrangers, mais font-ils vraiment le choix d’acheter ces produits ? Cette mondialisation nous donne-t-elle plus de liberté ? C’est peut-être une nouvelle façon, pour les grandes entreprises, de faire encore plus d’argent. Quand les gens sont à la découverte de leur identité et qu’ils achètent ces produits, ils ne sont plus totalement libres, mais quelqu’un qui rejette tous ces produits et qui vit cette liberté totale, a-t-il encore une identité aux yeux de la société ? Grande identité, petite liberté Au début de la nouvelle de Paul Auster, l’identité sociale est beaucoup plus présente que la liberté totale, bien que celle-ci ait tout de même une petite place. Quinn fait partie de la société. Premièrement, il a un nom et un travail. Il est écrivain et il écrit sous le pseudonyme de “William Wilson”(1). Il écrit sous ce nom pour ne pas entrer en contact avec les gens, mais il fait toujours partie de la société, puisqu’il s’occupe de ses “honoraires, dûs et droits d’auteur”(2). Ces mots sont mis en place par la société pour démontrer qu’une personne fait de l’argent, qu’elle a un compte en banque et les droits d’auteur sont là pour montrer la valeur de son œuvre dans la société. Cela est donc une preuve qu’elle existes pour le gouvernement et pour les services publiques. Le pseudonyme qu’il s’est donné nous démontre qu’il ne veut pas embarquer dans l’engrenage de la célébrité. Cela démontre qu’il tient à une certaine liberté, mais elle est très petite. Beaucoup de gens veulent être reconnus pour avoir fait quelque chose d’important, lui rejette cette valeur construite par la société, mais il tient à d’autres valeurs. Il va lire le “Sporting news”(3) ou il va fumer. Ces deux éléments ont été fabriqués par la société pour donner une définition à son caractère. On peut donc dire que Quinn aime bien se tenir au courant des différents évènements sportifs et même dire qu’il aime bien le sport. Il est peut-être sportif ou il ne l’est pas, mais ça n’a pas vraiment d’importance. Le fait est qu’il aime le sport, la société a inventé un journal, pour que sa curiosité soit satisfaite. Il fait donc partie de ceux qui aiment le sport. Ensuite, il est un fumeur et les fabricants de cigarettes font un produit pour que les gens comme Quinn soient satisfaits. Il fait donc partie de la famille des fumeurs que les compagnies de tabac courtisent pour s’enrichir et pour qui les organisations de la santé font tout pour leur montrer que ce n’est pas bien de fumer. Avec le journal et la cigarette, les gens peuvent déjà se former une opinion sur Quinn et il a donc une identité aux yeux de la société. On peut dire que c’est un homme qui aime lire et qui est cultivé, puisqu’il lit “Voyages de Marco Polo”(4) et “Don Quichotte”(5) et qu’il écoute “l’opéra de Haydn, Le monde de la lune”(6). Il est donc un homme qui aime les romans d’aventures et qui ont un certain sens philosophique. Avec son goût pour l’opéra, il serait facile de passer des jugements qui lui donneraient une allure de snob ou d’intellectuel, mais ceci ne sont que des clichés formulés par la société. Néanmoins, ces caractéristiques alimentent l’opinion que les gens ont de lui. Une identité sociale se forme autour de lui. Avec ce bagage social, il peut donc écrire des romans que la population va comprendre, puisque les gens parlent le même langage. Les mots ont la même définition pour tout le monde. C’est pour cela que la rencontre avec Peter Stillman, le fils, est importante. En écoutant parler cet homme, Quinn est incapable de le comprendre, car celui-ci est resté enfermé toute son enfance. Il n’a donc aucun bagage social et les mots n’ont pas la même définition pour lui que pour le reste de la population. Paul Auster a donc décidé d’écrire les paroles de Peter en petites phrases. Elles ne contiennent que deux ou trois mots et on y retrouve souvent des onomatopées. Cette façon d’écrire nous démontre qu’aux yeux de Quinn, Peter dit n’importe quoi. La vérité, c’est que les paroles ont du sens pour Peter, puisque celui-ci s’est formé son propre langage. On pourrait donc dire qu’il a inventé une nouvelle langue. En route vers la liberté En changeant son nom pour Paul Auster, Quinn entre déjà dans l’univers de la liberté. Ce changement de nom nous démontre qu’il prend une décision sur ce qu’il veut être et la société perd sa trace, puisque Quinn n’existe plus. Il décide donc de suivre Peter Stillman, le père, et il est fasciné par cette façon d’agir puisqu’il semble complètement déconnecté de la réalité. Selon la société, Stillman père voulait tuer Stillman fils, mais ce que Quinn remarque c’est que le supposé tueur ne fait absolument rien. Il se promène tout simplement. Alors, Quinn essaie de trouver un indice qui pourrait démontrer que Stillman veut tuer sont fils et c’est pour cela qu’il va se mettre à écrire dans son “cahier rouge“(7). Puisque la société explique tout, Quinn se devait de trouver une réponse et c’est pour cela qu’il se met à trouver les mots “The tower of Babel”(8) dans les pas de Stillman. Il vient donc de trouver la preuve que l’homme est un fou et qu’il va bientôt tuer. Le problème c’est que celui-ci n’est plus attaché à la société. Cet homme ne fait que “ramasser des objets dans la rue”(9)et ne fait rien d’autre de la journée. Pour la société, cela est inexplicable, mais pour un homme libre c’est peut-être normal? Les dialogues de Stillman n’ont, aussi, aucun sens. Quand Quinn essaie de rentrer en contact avec lui, Stillman ne se rappelle jamais de son visage. Stillman est donc tellement déconnecté de la société, que les règles de politesse ou de conversation établies par celle-ci n’ont aucune importance. Il est donc tellement libre que la société l’efface et c’est pour cela qu’il disparaît. Cette disparition amène Quinn à se poser des questions sur son identité. Il se prenait pour Auster, mais il ne l’était pas. Cela l’amènera à rencontrer le vrai Paul Auster qui est en fait le reflet de son ancienne vie. Le vrai Paul Auster est marié, a un fils, il est écrivain et il est heureux. La vraie métamorphose commence ici. Quinn se rend compte qu’il n’est plus fait pour ce monde rempli de souffrances et affirme qu’il veut être “délivré”(10). Ce mot implique autant la délivrance physique que psychologique. Il décidera donc de ne plus donner signe à Viginia Stillman et il mettra en application de nouvelles règles. Ne plus donner signe de vie à cette femme nous démontre qu’il efface son dernier contact avec la réalité sociale. Il écrit donc le dernier grand texte dans le cahier rouge. Le sujet de son texte est la vie des clochards et Quinn se rend compte qu’il y a en eux un autre système de société avec des clochards talentueux, des nomades, des sédentaires, ceux qui veulent retourner dans la société et ceux qui ne disent plus rien. Tout est donc infesté par la société, alors il décide de faire la dernière chose qui lui reste à faire. Il va surveiller la maison des Stillman et met en place ses propres règles. Il réduit son apport en nourriture, puisque de toute façon “manger n’apportait pas la solution au problème de l’alimentation”(11). Il devient de moins en moins au service de son estomac, puisque quand on y pense notre corps réclame trois repas par jour et à la longue on peut donc dire qu’on n’est pas libre, puisque notre corps est dépendent de la nourriture. Ensuite, il y a le problème du sommeil, mais encore là il se conditionne à faire “une série de sommes très brefs”(12). Il n’est donc plus dépendant du repos. Il fait de même avec tous les autres problèmes d’hygiène corporelle. Il n’est donc plus au service de rien. Il prend donc le temps de regarder les étoiles et les couchers de soleil. Tout est donc infini et bientôt le temps n’existera plus. Au début, il regardait par terre et maintenant il regarde le ciel. L’auteur met donc est place des mots simples et des adjectifs légers comme “cirrus”(13), “duveteux”, “vermillions”, “lavandes”(14)… On peut donc voir, une liberté et une légèreté. Il peut voir la simplicité de la vie et il ne se soucie plus du reste. On remarque donc l’abandon de l’être à la simplicité de la nature et de la vie. Il ne lui reste seulement qu’un petit problème, puisqu’il est toujours au service de la cause Stillman, mais celle-ci se termine après quelques mois. Quinn appelle Auster pour avoir de l’argent et celui-ci lui apprend que Stillman est mort. Liberté totale Quand Quinn apprend que l’affaire Stillman est finie, il essaie de retourner à son ancienne vie, mais quand il retourne à son appartement, tout est parti. Son appartement est maintenant celui d’une jeune femme et toutes ses affaires ont été vendues et “il ne restait plus rien”(15). Cette phrase tombe sur lui comme si on venait de le tuer. Cela signifie qu’il n’existe plus aux yeux de la société. Toutes les choses qui faisaient de lui un écrivain, un veuf, un amoureux du sport et de l’opéra sont disparues et envolées. Plus rien ne le rattache à cette société, il n’a même plus d’identité. “La nuit et le jour n’étaient rien d’autre que des termes relatifs”(16), puisque le temps n’a plus d’importance pour Quinn. Il ne travaille plus et il n’a plus besoin de tout ce que la société lui offre. Il ne ressent plus le besoin d’écrire dans son cahier, puisque ce cahier était un contact avec l’identité sociale et que maintenant il n’en a plus. Les mots qu’il écrit dedans n’ont plus aucun sens comme les paroles du jeune Stillman. Il n’est plus nécessaire de communiquer avec la société, puisqu’il n’a plus besoin d’elle. C’est pour ça que le narrateur perd la trace de Quinn, puisque celui-ci devient invisible pour les gens de la société. Il n’est plus dépendant d’eux. Avant tout était sale et maintenant “la neige tombe comme si elle n’allait jamais s’arrêter”. Cela veut donc dire que Quinn s’est lavé de toute la saleté de cette société qui ne l’a, en fin de compte, jamais compris. Il est devenu invisible comme l’évoque si bien le titre Cité de verre. En écrivant Cité de verre, Paul Auster nous démontre avec une telle vérité, comment les gens de notre siècle se sentent petits et perdus. Ils ont tout ce qu’ils veulent, mais ils sont incapables de se trouver. Quinn est devenu libre de cette société de consommation, mais a-t-il trouvé mieux ou va-t-il se suicider comme le vieux Stillman a fait ? Il a vaincu l’identité sociale pour la liberté, mais est-ce qu’il se sent plus heureux ? Il doit être difficile d’être isolé. Avec notre société, on peut trouver un certain bonheur en se réconfortant avec des choses matérielles, mais que se passe-t-il quand on est rendu invisible ? Sommes-nous vraiment plus heureux? Est-ce que la liberté totale vaut d’être vécue ou est-elle trop lourde à supporter? Notes
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