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CRÉATION LITTÉRAIRE ET INSPIRATION par Anne Bussières Gallagher (2004) |
| L’inspiration, au sens propre, est une action voulue qui permet à l’air d’être inspiré et d’entrer dans les poumons. Au sens figuré, elle est au contraire une chose reçue. Elle désigne, selon certains, un enthousiasme qu’il faut savoir attendre. « Vous ferez votre tragédie quand votre enthousiasme vous commandera; car vous savez qu’il faut recevoir l’inspiration et ne la jamais chercher ». Cependant, la façon de recevoir et d’utiliser l’inspiration demeure encore différente pour plusieurs artistes. L’écrivain a le choix d’attendre les moments de grande inspiration ou d’accepter les phases d’écriture froide en se battant au corps à corps avec les mots plus qu’avec la muse. Attendre les moments de fureur inspirée reflète un modèle vocationnel de l’écriture, beaucoup plus classique. L’inspiration dite plus professionnelle représente la volonté de l’artiste à écrire pour se stimuler à écrire. Cette forme d’inspiration illustre davantage l’époque de la modernité et de la postmodernité par son côté calculé et impératif. La nature de l'inspiration La transformation de l’inspiration à débutée lorsque l’homme a eu foi en lui, donc à la modernité, époque durant laquelle la raison a occupé une très grande place dans les courants de pensées. Les gens rejetaient les conceptions religieuses et métaphysiques pour s’en remettre à la science, à ce qui était tangible. Au début du vingtième siècle, cependant, les gens ont remis en questions leur confiance en la raison, car malgré tous les changements, rien ne s’est réellement amélioré. Ils ont pris conscience du chaos dans lequel ils se trouvaient et c’est pour cette raison qu’ils ont ressenti le besoin de comprendre ce qu’ils vivaient. L’inspiration a parcouru sensiblement le même chemin. Elle a été représentée par les muses, par la divinité, ensuite par l’idée créatrice conçue par le talent des artistes. Les formes d’inspirations représentent bien les époques dans lesquelles elles se retrouvent. Jusqu’à la Renaissance, les artistes étaient influencés par les valeurs et les normes religieuses, leurs œuvres étaient majoritairement inspirées d’une doctrine métaphysique. C’est à partir du moment où le crédit de la religion a été remis en question que les écrivains ont délaissé l’inspiration basée sur les forces divines. La postmodernité a entraîné avec elle le doute des écrivains au sujet de ce qui guidait leur inspiration. Selon plusieurs, c’est la souffrance qu’ils vivaient qui leur a permis d’écrire brillamment. Peut-être est-ce parce que la souffrance est le dénominateur commun de l’époque de la postmodernité que l’inspiration en naît ? Elle amène l’écriture et est peut-être la possibilité pour les auteurs de comprendre ce qu’ils vivent. En démontrant l’évolution de l’inspiration, il est possible de percevoir comment les artistes ont vécu les nombreux changements présents aux différentes époques. L'inspiration classique « J’ai appris à ne jamais tarir le puits de mon inspiration, à toujours m’arrêter quand il restait un peu d’eau au fond et à laisser sa source le remplir pendant la nuit ». Comme Hemingway, la majorité des auteurs qui précèdent le courant de la Renaissance attendent que l’inspiration arrive par le biais des muses, ces êtres mi-divins, mi-humains qui les visitent en leur apportant, par l’intermédiaire de la Beauté, la semence de l’Olympe. C’est de l’union de Zeus et de Mnémosyne, durant neuf nuits consécutives, que naquirent les neuf muses de l’Antiquité, protectrices des arts, des lettres et des sciences. Il y a une grande présence des muses dans les écrits poétiques, surtout ceux issus de la période romantique. Du Bellay, Ronsard, Voltaire, Lamartine, Musset, Hugo, Rimbaud et Baudelaire font partie de ceux qui accordèrent une place considérable à l’influence divine ou surnaturelle qui leur révélait ce qu’ils devaient dire ou écrire.
L’évolution de l’inspiration s’est produite lentement et subtilement, il en reste quelques indices. Le Dictionnaire de L’Académie française définit le terme « muse » comme étant synonyme d’inspiration.
Les muses représentaient la sensibilité de l’écrivain, maintenant c’est le rationnel qui le guide et qui se manifeste par la souffrance. « Les plus belles histoires commencent toujours par des naufrages », déclare Jack London, auteur du début du vingtième siècle. L'inspiration contemporaine Nous pouvons supposer que la souffrance de notre époque provient des impératifs à la mode : il faut être spontané, il faut être heureux... C’est par ce décret que l’on quémande l’inspiration, alors que nous pouvons humblement, patiemment l’utiliser pour comprendre et partager notre souffrance. Un indice qui prouve que ce que nous considérons comme étant de l’inspiration actuellement est totalement différent de la définition originelle est que nous avons la volonté d’être inspirés. La volonté à des objectifs, l’inspiration n’en a pas. La plus grande caractéristique de l’inspiration est qu’elle n’est pas volontaire. Elle est une aspiration au bien à travers une action précise. L’être humain peut être inspiré à peindre, à écrire, à contempler. Cependant, à travers les années, l’aspect naturel de l’inspiration est disparu pour laisser place au désir de performer. C’est peut-être parce que nous sommes coupés de l’élémentaire et du transcendant, comme des muses, que l’inspiration perd de son authenticité. Parce qu’à présent, nous misons de plus en plus sur la volonté pour parvenir à nos fins. Nous sommes beaucoup plus rationnels. C’est en raison de l’incompréhension dans laquelle se trouve la majorité des individus que les artistes se servent de leur art pour les sensibiliser à ce qui les entoure. Il faut cependant être conscient du fait que bon nombre d’écrivains pratiquent cette profession dans le but d’être reconnus et admirés. Selon Jean Anouilh, auteur d’Antigone, « l’inspiration est une farce que les poètes ont inventées pour se donner de l’importance ». L’inspiration est, dans ce cas, provoquée pour les mauvaises raisons puisqu’elle ne sert qu’à atteindre l’objectif d’être reconnu. Les auteurs qui écrivent quotidiennement ne sont pas nécessairement en quête d’inspiration. L’inspiration est souvent associée à l’idée première conçue par l’artiste, le matériau. L’écrivain peut retravailler la forme de son œuvre et non l’idée d’origine, ce qui est plus naturel. L’importance que l’on accorde au premier jet incite parfois les auteurs à excuser les faiblesses de leur texte en citant la pureté de l’inspiration du moment. Il ne faut pas oublier que l’inspiration des premiers instants de la création, de ce qui était inattendu, demeure, malgré le fait que nous en changions la forme. Le rôle de l'inspiration L’inspiration permet d’évacuer une grande sensation. Ce qui guide plusieurs artistes est la quête de compréhension de leur souffrance et de celle du Monde. Cette quête n’est pas nécessairement consciente, c’est pour cela qu’elle est naturelle. Lorsque nous nous abandonnons à notre inspiration, c’est l’aspect conscient de notre être qui tente de prendre de plus en plus de place. Quand l’inspiration est présente, nous nous sentons totalement présents, puis après s’être laissés aller, nous sommes libérés du poids qui l’avait fait naître : l’incompréhension et la souffrance. Les phases d’écritures inspirées peuvent servir aussi à tout simplement comprendre ce que l’on vit, que ce soit souffrant ou non. Dans le livre L’Arc et la lyre, Octavio Paz écrit que « Les grands livres, c’est-à-dire les livres nécessaires, sont ceux qui parviennent à répondre aux questions qu’obscurément et sans pleinement les formuler se font le reste des hommes. ». Si l’écriture permet à l’auteur de se comprendre, il est probable que ce soit grâce à une inspiration naturelle puisque qu’elle n’est pas provoquée par le besoin d’atteindre un quelconque objectif de performance. L’inspiration perd de sa pureté dès qu’elle est invoquée pour répondre à un besoin d’admiration ou de performance.L’inspiration peut être utilisée de manières bien différentes d’une personne à l’autre. Ce qui demeure une réalité pour tous est qu’elle vient sans crier gare, sans avoir besoin d’être implorée. Chaque individu la développe à sa manière, par ce qui le motive à créer. L’hypothèse qui me semble confirmée est, qu’à cette période de remises en question continues, les écrivains ressentent le besoin de comprendre ce qu’ils vivent en élaborant principalement sur le sujet de la souffrance, grâce à leur inspiration. Il se peut aussi que depuis l’apparition de l’écriture, l’être humain se sert de son inspiration pour libérer sa souffrance et que ce n’est que la façon dont est vécue ce moment intense qui diffère d’une époque à l’autre.
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